Colloque 2016 | CRC Dramaturgie Sonore au Théâtre

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Publié le: 24 février 2017

ÉCRIRE L’EXPÉRIENCE SPECTATORIELLE : UNE TRAJECTOIRE DU SENS ET DU SENSIBLE

CATHERINE CYR

QUÉBEC

Les pratiques scéniques contemporaines, qu’elles soient immersives ou interartistiques, bouleversent la forme et la fonction du texte au sein du processus créateur et du dispositif spectaculaire. Non aboli – comme on a pu le prétendre – mais décentré, engagé dans une dynamique souvent mobile et fluctuante, le texte dramatique se pose dans ces pratiques actuelles comme texture, espace ouvert et polymorphe, matière traversée d’inassignable. Ces nouvelles écritures transforment aussi l’expérience du spectateur. Immergé dans un « espace pénétré » (Freydefont, 2010), enrobé de textures sonores et visuelles, livré à une accumulation de perceptions sensorielles, il est engagé dans une réception marquée, notamment, par « l’inattention sélective » (Schechner, 2008), laquelle fonde l’expérience immédiate de la représentation comme celle, ultérieure, de la sémantisation. Comment rendre compte, dans le discours critique et analytique, de cette expérience spectatorielle et de sa singularité ? Alors que le discours actuel se heurte souvent aux limites de ses prétentions objectivantes, il m’apparaît nécessaire de prendre en compte cette singularité de l’expérience et de faire de celle-ci une condition et non une entrave à l’élaboration de la réflexion. Rendre l’écriture théorique sensible, mouvante, polymorphe, à l’image des objets qu’elle investit, constitue alors une voie possible. À travers quelques exemples récents, la présente communication s’attachera à démontrer que cette écriture, où se dissolvent les frontières habituelles entre le théorique et le sensible, entre le narratif et le réflexif, participe d’une forme probante d’élaboration et de partage du sens. Les textes présentés relèveront des « pratiques analytiques créatives » (PAC), une approche méthodologique fondée sur l’expérience sensible des phénomènes et faisant de l’écriture un trajet vers la connaissance, voire une forme de connaissance (Richardson, 2000). Comme on le verra, dans ces textes, des fragments narratifs sont insérés dans l’analyse esthétique. Ces morceaux, qui par ailleurs rencontrent des critères de validité précis, appartiennent à un régime énonciatif décrit par Richardson comme celui de la « représentation évocatrice, laquelle utilise des outils littéraires pour recréer l’expérience » (p. 931). Tout en affirmant la singularité de l’expérience spectatorielle, et sans nier ni sa part d’opacité et d’insaisissable, cette écriture évocatrice cherche à la rendre – en partie – compréhensible et partageable.

Contemporary theatrical practices, whether immersive or interartistic, disrupt the form and function of the text within the creative process and the spectacular device. Not abolished – as was the claim – but off-centered, engaged in an often moving and fluctuating dynamic, dramatic text arises in these current practices as texture, open and polymorphic space, material intercrossed of unassignable. These new writings also transform the experience of the spectator. Immersed in a « pervaded space » (Freydefont, 2010), coated with audible and visual textures, surrendered to an accumulation of sensory perceptions, it is committed to a strong reception, in particular, by « selective inattention » (Schechner, 2008), which founds the immediate experience of representation as, subsequent, that of semantics. How do we account, in the critical and analytical discourse, for this spectator’s experience and its singularity? While the current discourse is often up against the limits of its objectifying claims, it appears to me necessary to take into account the uniqueness of the experience and make it a condition and not a hindrance to the development of thinking. Making theoretical writing sensible, moving, polymorphic, like the objects it invests, is thus a possible way. Through recent examples, this communication will seek to demonstrate that this writing, in which the usual boundaries between the theoretical and the sensitive dissolve between narrative and reflection, is part of a compelling form of development and sense sharing. The texts presented will relate to « creative analytical practices » (CAP), a methodological approach based on sensory experience of phenomena and making writing a path to knowledge and even a form of knowledge (Richardson, 2000). As discussed in the text, narrative fragments are inserted into the aesthetic analysis. These pieces, which also face specific validity criteria, belong to a declaratory regime described by Richardson as one of the « evocative representation, which uses literary tools to recreate the experience » (p. 931). While affirming the uniqueness of the spectator’s experience, and without denying or share opacity and elusiveness, this evocative writing seeks to make itin part – understandable and shareable.

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Communication

Crédits photos: Nicolas Bergeron
Productions sonore de la CRC Dramturgie sonore au théâtre
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